Amorcer la transformation du Mont-Sainte-Anne
Au Mont-Sainte-Anne, le projet commence par une observation simple : l'expérience de la montagne se joue souvent dans des moments très concrets, arriver, s'orienter, attendre, se regrouper, franchir un seuil. L'essai a permis de comprendre pourquoi ces instants deviennent, dans plusieurs stations, des séquences floues et fragmentées : on traverse des surfaces techniques, on cherche son chemin, on subit l'infrastructure plutôt que de l'habiter.
À partir de ce constat, la proposition choisit de faire de la station plus qu'un équipement technique : un véritable seuil habité capable de réconcilier l'usage, le paysage et la forme bâtie. La proposition de projet traduit ces constats en une stratégie de requalification articulée à deux échelles complémentaires : celle du village de bas de piste et celle de l'interface montagne-sommet. À l'échelle du plan masse, l'enjeu central est de corriger une organisation fragmentée marquée par l'emprise automobile et la dispersion des bâtiments. Le projet vise donc à rendre l'arrivée plus lisible et plus accueillante en hiérarchisant les accès, en clarifiant les parcours piétons et en construisant une continuité d'espaces publics qui guide progressivement l'usager vers les remontées et les pentes.
À l'échelle architecturale, la télécabine devient l'élément structurant du projet : à la fois infrastructure de mobilité, dispositif d'orientation et marqueur identitaire, elle articule les transitions entre le village, la montagne et le sommet. Sur le plan de l'expression, les stations visent une présence mesurée : une matérialité sobre, une attention aux cadrages de vues, et des dispositifs de confort pensés pour une occupation quatre saisons. L'architecture devient ainsi un médiateur : elle ne domine pas le paysage, mais l'organise, le rend lisible et améliore la qualité d'usage, en cohérence avec l'intention d'habiter le paysage alpin.
En synthèse, le projet propose une manière contemporaine d'habiter le paysage alpin, où l'architecture et l'aménagement ne se contentent pas d'ajouter des objets, mais organisent des relations cohérentes entre parcours, usages, climat et paysage.